Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /
Terre cuite Danièle VIENNE

Terre cuite Danièle VIENNE

 

 

 

Les poches pleines de fatigue.

 

 

Les nuits sont toutes semblables en amont du premier jour. Avant qu'on ne plante sa première vigne dans une vie d'attente. Où chacun imagine son histoire. En attendant le départ.

 

Homme jeune dans une  petite auto sanguinolente.  Sidéré d'être là. Tête penchée. Front appuyé sur le tableau de bord. Fatigué. Avec des cernes jusqu'au au milieu de la figure. Garçon propret dans une voiture très sale. Qu'il ne cesse de laver. Sans pouvoir la sentir propre. Lui redonner un lustre qu'elle n'a jamais eu. Une pureté comme un air irrespirable.

 

Syndrome d'une société qui se sent sale. Perdue dans les poudres à laver. Agrippée à ses éviers. À ses fourneaux. À sa couenne graisseuse. Accrochée à une tristesse acide. Dans la conscience de l'erreur. Pierre d'angle de l'existence.

 

Tous les réveils relatent l'origine des mondes. Sur les faces hébétées avec  yeux creux et bouche pâteuse. Le cul verrouillé de la veille. Dans l'attente d'un geste de colère. Mais la paix vient hélas toujours avant la guerre. On fait semblant de l'ignorer. Alors on se couche pour récolter les fruits de la nuit. Les images oubliées. Toutes aussi merdiques. De l'arrivée sur terre.

 

Quand on était  moulé dans un corps d'occasion. Pire locomotive  jusqu'au jour universel célébré en bienvenues multiples. On arrive en bâillant. Hurlant. Écrasé de fatigue. Les traits tirés à faire peur. Avant d'être nettoyé comme un sou neuf. Briqué et mis à l'étalage pour être exposé. Pour pousser la chansonnette. Fredonner la mélodie du bonheur. Tout est poisseux de glue autour de soi. On se vit comme un jambon dans une gangue boueuse.

 

On est trimbalé d'un stand à l'autre. On chante le nouveau monde. On reçoit les mêmes compliments vernissés. L'homme à plumes est arrivé ! Le nouvel homme n'a plus de poils. Mais des plumes synthétiques plus faciles à nettoyer. Plus légères à porter.

 

On est devant le miroir avec un dilemme entre les dents. Comment corriger les caprices d'une nature ingrate. On épile les surplus. On trafique la balance. On gomine les indélicatesses trop rebelles. On souligne la surface de quelques traits trompeurs. On révise sa séduction pour oublier la tristesse du premier amour. Amour noyé dans l'émotion d'un chagrin d'autrefois. On redessine un visage pour ne pas se faire peur.

 

On évite les sarcasmes mielleux des concierges quand on passe devant la loge. La crainte de sortir vaut pressentiment des difficultés à venir. On sait que propreté et saleté collent à l'image  comme la misère au monde. Crise auto-immune qui ronge le cœur. Toujours tiré à quatre épingles pour faire bonne figure. Pour se tenir droit et faire illusion. Rester debout malgré la fatigue d'être au monde.

 

On rêve d'être chat. De ronronner en attendant la pâtée. Et guetter la nuit pour marauder et hurler ses désirs aux étoiles. La lune bouffie se retire discrètement pour ne plus subir cette humanité souffrante. Trop triste.

 

 

guy aguenier

 

Partager cette page
Repost0
Published by Guy Aguenier - dans POÉSIE