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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 09:34
CRIN DE CHEVAL AU-DESSUS DU VIDE

 

 

Crin de cheval au-dessus du vide

 

 

 

 

 

 

Dans une ambiance de piscine ou de gare. Dans un milieu de compétition ou d'évaluation familiale. Recherche des paramètres de chacun dans la nécessité de la performance. Je suis seul au milieu d'une foule. Il y a une auto neuve qui est petite mais bicolore. Elle est parfaitement réussie. Une famille arrive qui me salue m'embrasse, hésite pour certains gestes croisés. Embrassades gênées pour une rencontre autour d'une association destinée à entraîner une équipe de natation. Famille sportive et amicale peu conventionnelle et un peu gelée dans des gestes stéréotypés. Le staff décortique analyse et entre les données recueillies. Tout est au service de l'excellence sportive. L'auto semble être une contrefaçon d'un modèle conçu par un des membres de la compagnie.

La gare coïncide avec la piscine avec ses rails et ses couloirs de nage. Je suis subitement suspendu à un crin de cheval au-dessus du vide. Attaché à un plongeoir hors du bassin de natation. Ailleurs dans le hall grouille un monde qui court dans tous les sens. Le véhicule de deux gris en contraste fait penser à un fourgon mortuaire de bébé ou de jeune enfant. Miniaturisé en somme. Bébé gris constipation de sa mère pour citer une idée qui passe. Une alcôve dans le fond du hall. Grotte providentielle. Lieu de culte, de magie, d'inquiétude et d'étrangeté. Dans ce décor bruyant règne une ambiance de salle des pas perdus dans la multitude plus ou moins anonyme. De moins en moins familière et encore moins accueillante. Cet espace est un lieu de conservation de secrets recueillis par les analyses des techniciens de l'équipe. Quelque chose d'ésotérique se nomme dans cette scène. Se présente comme la préparation à des séances d'initiation à la solitude pour vaincre. Le but est de dépasser l'ordinaire de la masse agitée de spasmes hystériques pour atteindre le surhomme.

Dans le même temps ma femme en vrai celle avec qui je vis se plaint de douleurs cervicales avec migraine. Elle m'apitoie et me harponne avec ses anicroches affectives. Je fonds et la soigne. Vaincu par son charme et l'amour qu'elle m'inspire. Je quitte mon bassin d'exercice solitaire pour revenir à la dépendance moutonnière. Accroché au service domestique de la princesse capricieuse. Il s'agit là de la sérénissime de mon enfance, de l'altesse de ma jeunesse. Cet asservissement est étonnant. Je me sens investi d'une mission d'assistance au bien-être de mes congénères. Inféodé à la maladie d'autrui. Esclave de la jouissance de l'autre qui m'a conduit au deuil de la mienne. Et au ressentiment collatéral pour me jeter dans le vide des ambivalences scabreuses.

Je suis suspendu au-dessus d'un vide par un poil de cul. Poil de cul d'une mère chaude d'hier et morte d'aujourd'hui. Le deuil me submerge d'obscurité avec des flashes assassins de fausses lumières. Éclair de lucidité trop bref et fragile pour m'arracher au néant de mon existence passive. Asservi à rien d'autre qu'à la recherche de l'ombre de mon origine.

                            

 

 

 

Guy Aguenier

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